« Demande à la poussière »

Depuis toujours, l’homme a été fasciné par le concept passager et éphémère des choses qui l’entoure. Odeurs, poussière, végétation ou bien même moisissures, tous ces restes du passé nous rappellent que nous ne sommes que de passage ici et qu’au bout du compte, tout retourne à la terre. Tous ces détails d’une vie oubliée sont autant de témoignages touchants, drôles ou nostalgiques dont l’évocation suffit à enflammer notre imaginaire.

Pour qui sait laisser son esprit vagabonder, ces lieux remplis d’histoire où le temps s’est figé nous laissent imaginer ce que devait être le quotidien d’une époque pas si lointaine. On se prend à rêver des histoires qui ont pu se dérouler dans ces lieux ; et en se donnant un peu de mal, on voit presque passer devant nous ces fantômes du passé. Spécialement à une époque incertaine où les dangers pesant sur l’environnement et notre futur se multiplient. Mais cette étrange curiosité pour ces édifices du passé ne trouverait elle pas son origine dans notre propre vanité ? A force de se demander à quoi ressemblerait la terre si nous disparaissions, c’est un défi fou que nous lançons à l’avenir comme si nous étions voués à vivre éternellement.

Si j’ai toujours été fasciné par cette notion d’abandon, c’est en grande partie pour ces sensations irréelles que cela développe au fond de moi et qui me renvoie aux explorations de mon enfance. Car chacun possède au fond de sa mémoire le souvenir des premières découvertes quand enfant, on aime à se perdre dans l’ancienne fabrique du quartier ou bien dans la vieille maison délabrée du coin de la rue. C’est à travers les aventures qu’ont vécues les personnes ayant habités ses lieux et dont les traces perdurent longtemps après leur départ que j’emmène le spectateur avec moi dans un voyage dans le temps.

Avec cette série de photographies intitulée « Demande à la poussière », j’ai choisi de proposer une vision personnelle de ses lieux; où le rôle de la lumière est essentiel et rend une fraction de vie à ses endroits oubliés. La lumière devient le seul élément « actuel » et « vivant » de la photographie, elle remplace l’être humain et le vide qu’il a laissé derrière lui tout en rappelant que la vie a continué autre part. La lumière est enfin le symbole de la force du temps qui passe; inéluctable et définitif, car dans ses lieux où le temps semble suspendu, il nous rappelle que la nature finit toujours par prendre le dessus sur l’homme et ses constructions. L’atmosphère magique, voir presque divine, créée par ses différentes lumières l’est aussi car pour effectuer ses prises de vue, j’ai dû attendre parfois très longtemps avant d’obtenir exactement le résultat qui me convenait et qui mettait le mieux en valeur la pièce. Durant ses heures d’attente, on prend conscience encore plus aisément de cette notion de « temps qui passe » et on se laisse envahir par une sensation de paix. Ses moments sont à mes yeux les plus propices à une réflexion sur la société dans laquelle nous vivons et à son évolution actuelle quant à sa façon d’appréhender les périodes antérieures de son histoire.

Bon voyage !

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